Il y a quelques semaines, j’ai croisé le chemin d’Émilie. Elle m’a parlé de l’eczéma avec des mots que je n’avais jamais entendus sur le sujet : la souffrance d’une maladie de peau qu’on ne prend jamais vraiment au sérieux, parce qu’elle « ne se voit que sur la peau », alors qu’elle s’installe aussi dans la confiance en soi et dans le rapport qu’on a avec son propre corps. Ce qu’on porte avec une maladie chronique et visible, ce n’est pas seulement une gêne physique : c’est un poids qu’on n’arrive souvent pas à nommer, encore moins à expliquer à son entourage.
Émilie a fait de ce silence son combat. Elle a créé le blog Mieux Vivre l’Eczéma pour sensibiliser et accompagner les personnes concernées, loin des tabous et des idées reçues. J’ai particulièrement aimé son article « Vivre avec l’eczéma au quotidien », qui met des mots justes sur une charge mentale invisible que très peu de contenus osent aborder.
C’est avec beaucoup de joie que je participe à sa démarche de sensibilisation, et que je prends part à son événement entre blogueurs sur le thème « se reconstruire pendant et après une période difficile ». C’est précisément là que l’art journaling entre en jeu : comme un langage alternatif, pour dire enfin ce qu’on n’arrive pas à formuler autrement.

Partie 1 — Construire son propre journal : le symbole du papier qui se transforme
Le carnet comme métaphore vivante
Pour celles et ceux qui me lisent pour la première fois : j’aime fabriquer moi-même mes carnets, souvent avec de la récup, que l’on appelle « Junk Journal ». De vieilles pages de livres, des chutes de papier, des emballages qu’on aurait jetés ailleurs… Il y a quelque chose de fascinant dans la symbolique de ces vieux papiers : ils ont déjà une histoire, une usure, une mémoire, avant même qu’on y pose quoi que ce soit. Leur donner une seconde vie, c’est un peu comme se donner à soi-même une seconde chance. Je vous invite vraiment à essayer.
Art journaling, avant même d’y poser le premier trait de crayon, un carnet d’art journaling est une page blanche au sens propre comme au figuré. Il va se salir, se froisser, se déchirer, se réparer. Il va porter les traces de nos jours difficiles comme de nos éclaircies. En cela, il ressemble étrangement à nous : un support vierge qu’on abîme et qu’on répare, qui garde la mémoire de ce qu’il a traversé sans jamais cesser d’exister.
Ce parallèle n’est pas qu’une jolie image. C’est ce qui rend l’art journaling si puissant pour se reconstruire : le carnet devient un espace où l’imperfection est non seulement acceptée, mais célébrée.
Le geste de « faire » son carnet
Avant de remplir les pages, il y a le geste de les créer, ou du moins de se les approprier. Choisir la couverture, sélectionner le papier, coudre ou assembler ses cahiers, personnaliser la reliure : ce geste a une vraie valeur symbolique. On façonne un contenant à sa propre mesure, un espace qui nous ressemble, avant même d’y déposer quoi que ce soit d’intime.
Pour certains, cela peut être aussi simple que de recouvrir un carnet tout fait avec du papier kraft et une photo. Pour d’autres, ce sera un vrai projet de reliure artisanale. Peu importe le niveau : ce qui compte, c’est l’intention posée dans ce premier geste.
Transformer la matière, c’est se transformer soi
Déchirer une page de magazine, la coller, la recouvrir de peinture, superposer une nouvelle couche par-dessus une ancienne : chaque geste technique de l’art journaling est aussi un geste symbolique. Superposer des couches de papier, c’est un peu comme superposer des couches de guérison. On ne repart jamais de zéro, on construit par-dessus ce qui existait déjà, on transforme la matière sans effacer ce qu’il y avait avant.
C’est une différence essentielle avec l’idée de « tourner la page » qu’on entend souvent. En art journaling, on ne tourne pas la page : on la recouvre, on la transforme, on lui donne un nouveau sens sans nier ce qu’elle contenait.
Le rituel de création
Donner un nom à son carnet, choisir un premier symbole ou une couleur qui représente le point de départ de sa démarche : ces petits rituels ancrent le début d’un chemin. Ce n’est pas obligatoire, mais cela peut aider à poser une intention claire dès la première page, un peu comme on pose une pierre fondatrice.
Une idée à garder en tête tout au long de la pratique : ce carnet imparfait, abîmé, parfois recollé maladroitement, c’est déjà en soi une preuve tangible qu’on peut se reconstruire. Il en est la démonstration physique, page après page.
Pour embellir ton carnet, viens fabriquer ton Marque page Esprit du chat. Mon cadeau pour toi en cliquant ici.
Partie 2 — Guide d’utilisation : comment l’art journaling aide face à nos épreuves
Pas de règles, pas de jugement
Ici, le moche est accepté — voire même très apprécié ! Tout comme nos émotions, certaines pages sont agréables à regarder, d’autres sont tourmentées, brouillonnes, presque dérangeantes. Et c’est très bien ainsi. La finalité importe peu, seul le voyage compte. « Moche » n’est jamais qu’un jugement, un filtre qu’on pose après coup. Même moche, cette page détient un message précieux : elle raconte un instant vrai, une émotion qui avait besoin de sortir. Ne la jugez pas, écoutez-la.
La première chose à dédramatiser, c’est la peur de « mal faire ». L’art journaling n’a rien à voir avec la performance artistique. Il n’y a pas de composition à réussir, pas de technique à maîtriser, pas de résultat à montrer. La seule question qui compte est : est-ce que cette page m’a fait du bien à créer ?
Le matériel de base
Pas besoin d’un attirail sophistiqué pour commencer. Un carnet à papier suffisamment épais pour supporter la peinture ou la colle, quelques feutres ou crayons de couleur, un bâton de colle, des magazines ou vieux papiers à découper, et éventuellement un peu de peinture acrylique ou de gouache : voilà tout ce qu’il faut pour démarrer. On peut toujours enrichir sa trousse plus tard, en fonction de ses envies.
Comment démarrer une page
Il n’y a pas une seule bonne façon de commencer. On peut partir :
- d’une émotion du moment (même confuse ou difficile à nommer),
- d’une couleur qui nous attire ou qui nous répond intérieurement,
- d’un mot qui tourne en boucle dans la tête,
- d’une image trouvée dans un magazine, sans même savoir pourquoi elle nous parle.
L’essentiel est de laisser le geste précéder la réflexion. On analyse après, pas pendant.
Le processus psychologique en jeu
Plusieurs mécanismes expliquent pourquoi cette pratique aide réellement à traverser les épreuves :
- La symbolisation : donner une forme visible à ce qui reste invisible et informe à l’intérieur de soi. Une émotion difficile, tant qu’elle n’a pas de forme, reste diffuse et envahissante. La représenter, même maladroitement, commence déjà à la circonscrire.
- L’externalisation : sortir l’émotion de soi pour pouvoir la regarder à distance, sur une page, plutôt que de la porter en permanence à l’intérieur. Ce déplacement, même symbolique, allège.
- La répétition : revenir régulièrement à son carnet permet d’observer son évolution dans le temps. Relire d’anciennes pages, c’est se rendre compte du chemin parcouru, même quand on a l’impression de ne pas avancer.
Partie 3 — 20 prompts d’art journaling pour avancer
A. Exprimer les maux
- Dessine ou colle ce à quoi ressemblerait ta douleur si elle avait une forme.
- Choisis une seule couleur pour représenter ce que tu ressens aujourd’hui, et recouvre la page entière avec.
- Écris ou colle les mots que tu n’as jamais osé dire à voix haute, puis recouvre-les partiellement d’une couche de peinture.
- Crée une page « tempête » : griffonnages rapides, sans réfléchir, pour évacuer une colère.
- Dessine les contours de ta main, et à l’intérieur, note tout ce que tu portes en ce moment.
- Fais une page sur ce que ton corps traverse en silence, sans que personne ne le voie.
- Colle des images qui représentent le poids du regard des autres, réel ou imaginé.
- Représente ta fatigue : à quoi ressemblerait-elle si elle prenait une forme sur le papier ?
B. Cultiver la gratitude pour plus de positivité
- Note trois petites victoires de la semaine, même minuscules, et entoure-les d’une couleur qui te fait du bien.
- Colle une image de quelque chose ou quelqu’un qui t’a soutenu(e) récemment.
- Fais une page « ce qui va bien aujourd’hui », même s’il n’y a qu’une seule chose à y mettre.
- Dessine un objet, un lieu ou une personne qui te procure un sentiment de sécurité.
- Liste cinq choses que ton corps a réussi à faire cette semaine, malgré tout.
- Crée une page dédiée à une personne qui t’a fait du bien, sans qu’elle le sache forcément.
C. Reprendre confiance en soi
- Écris une phrase que tu aimerais pouvoir te dire face au miroir, et décore-la, c’est maintenant ton mantra, à répéter plusieurs fois le matin.
- Dessine ou représente une version de toi qui a surmonté ce que tu traverses en ce moment.
- Fais une page « je suis capable de… » et remplis-la avec tout ce qui te vient, sans filtre.
- Colle des images qui représentent une force que tu reconnais en toi, même petite.
- Représente le chemin parcouru depuis le début de cette période difficile, sous forme de ligne, de spirale ou de paysage.
- Crée une page « lettre à mon futur moi », dans laquelle tu te rassures sur la suite.
Conclusion
Il n’y a pas de « bonne » façon de faire de l’art journaling. Il n’y a que la vôtre, celle qui se construit page après page, avec ses ratures, ses collages imparfaits et ses couches successives. Se reconstruire, ce n’est pas effacer ce qu’on a traversé : c’est apprendre à le transformer, à le superposer à autre chose, à lui donner une nouvelle forme sans le nier.
Alors n’attendez pas d’avoir le bon matériel, le bon moment ou la bonne inspiration. Ouvrez un carnet, même imparfait, et commencez par une seule page. C’est déjà un premier pas. Et pour continuer dans cette lancee, je vous invite a participer a mon defi 30 Jours : Créativité & Apaisement
Et vous, avez-vous déjà essayé l’art journaling ? Partagez votre expérience en commentaire, je serais curieuse de vous lire.
